Ateliers d’écritures

Je lis souvent sur des blogs ou dans la presse, des comptes rendus ou des annonces d’atelier d’écriture ou de coaching pour auteur(e).

Cela me rend perplexe !

Est-ce que l’écriture d’un essai, d’un roman, d’une pièce de théâtre, d’une chanson, d’un poème, ou d’un texte en général nécessiterait un enseignement voire un apprentissage soutenu d’un maître ou maîtresse ?

A en lire, on pourrait penser par l’affirmative, tant la qualité des écrits varie d’un auteur à l’autre.

Mais est-ce que la qualité intrinsèque d’une œuvre n’est pas elle-même tributaire du jugement du lecteur qui la lit ?

Cette pseudo qualité que l’on juge bonne ou mauvaise n’est–elle pas à ce point relative, que seul chaque lecteur, est à même de la porter aux nues ou aux enfers ?

Et ainsi de se demander si le coaching ou l’enseignement de l’écriture ne va pas à l’encontre même de la liberté d’analyse qui fait le propre de chacun.

Certes sur un plan strictement scolaire, il faut s’affranchir de toutes fautes qu’elles soient grammaticales ou orthographiques ? Quoique, ne cesse-t-on pas de nous rebattre les oreilles d’une certaine inutilité de la grammaire. Quelle déconvenue, pour ne pas dire quel désastre que celui d’abandonner la richesse de la langue de Molière pour satisfaire quelques intellectuels soucieux de déculpabiliser l’inculte en nivelant par le bas plutôt que de chercher à s’élever. Ainsi même la faute de goût peut devenir salutaire !

Admettons donc que l’on puisse inculquer l’art de l’écriture en commençant par mettre en évidence ce qu’il est primordial d’éviter !

Admettons qu’il soit de bon ton de conseiller une tournure de phrase plutôt qu’une autre !

Admettons encore qu’il soit de bon aloi d’interdire certains mots, périphrases jugés inappropriés pour ne pas dire inesthétiques, alors qu’en d’autres lieux, ces mêmes usages puissent paraître relever du génie.

Mais que dire du style de l’écrivain, si on lui ôte sa sensibilité, sa spontanéité, son phrasé personnel qu’il soit incongru ou génial.

C’est alors que je me dis que le talent de l’écrivain se mesure aussi à la lucidité de sa propre lecture. L’écrivain sait ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, ce qu’il doit garder ou jeter, ce qui est nécessaire et ce qui est superflu, ce qui le séduit et ce qui lui déplait, et ce qui séduira et ce qui déplaira. Le bon écrivain ou tout au moins celui qui aspire à l’être sait tout cela.

A contrario, le défaut majeur de l’auteur épris d’une excellence qui le dépasse, va jeter aux abîmes, tout son travail, jugeant, sans doute plus par orgueil que par humilité, que toute son œuvre n’est que néant.

C’est la même chose pour tout créateur d’une œuvre  artistique qu’elle soit épistolaire ou dessin, peinture ou sculpture.

Une fois l’ouvrage terminé, produit ou diffusé,  va se jouer la réelle critique, celle que personne ne maîtrise et surtout pas les éditeurs qui confondent ligne éditoriale et ligne bancaire.

Combien d’artistes raillés de tous sont, après leur persévérance, devenus des références dans leur domaine, recherchés, adulés et richement récompensés.

A l’heure de son décès, l’actualité de la rétrospective de la vie d’Aznavour nous rappelle combien les hauts de sa fin cachent les bas de ses débuts.

Ne sont-ce pas justement ces fameux coaches pseudo instructeurs qui se permettaient de pointer les défauts de ceux et celles qui une fois ralliés au Phenix de l’art font heureusement oublier jusqu’à l’existence de ces censeurs de l’aube.

Ami(e)s écrivain(e)s, n’écoutez donc que vous mêmes avec la foi du charbonnier. Jugez vous sans vous méjuger, mais n’hésitez pas à changer de voie si votre lucidité alliée à celles  de vos lecteurs amis ou ennemis viennent à vous conseiller de ne pas persévérer.

Notez bien que les véritables amis sont ceux qui vous aiment et non ceux qui vous courtisent. Sachez les discriminer pour saisir la bonne parole de l’ivraie.

Tout le monde veut écrire, tant c’est bon et salvateur. Tout ce qu’on écrit pour soi, n’est pas forcément éditable.  Si l’on aime écrire, il faut écrire, mais avant de chercher à publier, il faut se demander qui, à part soi, a envie de lire ce que l’on a écrit, qui y prendra du plaisir, car l’écriture est un plaisir que l’on veut partager. 

Un dernier conseil, ne vous fiez pas à l’avis d’un éditeur. Il n’a d’autre légitimité que de faire fonctionner son commerce. Et cette fameuse ligne éditoriale qu’il défend n’est que le résultat d’une comptabilité qu’il cherche à cacher derrière un goût artistique soit disant attesté par ses propres best sellers.

J’ai fait la foire aux livres de Ruynes En Margeride (15)

Ce samedi 14 juillet 2018, j’ai fait la foire aux livres de Ruynes en Margeride.

J’avais, contre la modique somme de 7 €, réservé une place sous chapiteau, avisé des orages venant fréquemment perturber la fête nationale.  Juste histoire de ne pas contredire la coutume, quelques gouttes se sont invitées de bon matin obligeant quelques exposants à bâcher en urgence l’exposition de leurs ouvrages.

On avait annoncé une centaine d’exposants ! Je n’ai pas compté, mais ce fut une chose possible. Beaucoup de vendeurs de livres d’occasion à bon marché, quelques maisons d’édition et d’autres, à mon image, auto-éditeurs avides de séduire un public supposé bon lecteur.

Acquérir des livres à 0.50 ou 1 €, même si de nombreux doigts les ont feuilletés, reste un plaisir à faible coût. Les foires aux livres existent, et perdurent ce bonheur, où petits et grands peuvent jouir d’une bande dessinée ou d’un roman convoité.

Les autoéditeurs, ou les auteurs désirant écouler leur stock d’œuvres ne sont pas à la fête dans ce genre d’évènements.

L’édition à compte d’auteur ou l’autoédition oblige toujours l’auteur à pré-financer son stock. KDP (AMAZON) offre aux auteurs, le meilleur rapport de rémunération selon la règle des 3 tiers. 1/3 pour l’auteur, 1/3 pour l’imprimeur, 1/3 pour le distributeur. Ainsi lorsque vous achetez un stock de votre livre, AMAZON considère que vous en êtes aussi le distributeur, et seul l’imprimeur est rétribué. Les autres maisons d’édition n’offrent qu’une faible ristourne pour l’achat de stock et ne rémunèrent les auteurs qu’entre 5 et 10 % du prix de vente.

Aux auteurs en recherche d’éditeur, rappelons de ne jamais accepter un contrat d’un éditeur qui vous demande de prépayer (souvent plusieurs milliers d’euros) l’édition de votre livre.

J’avais à côté de moi, le directeur des Editions du Volcan, qui exposait nombre d’ouvrages sur un bon linéaire. Ce fut pour moi l’occasion de lui demander quelques explications sur cette fameuse ligne éditoriale derrière laquelle se retranchent  les maisons d’édition qui refusent un manuscrit. Sa réponse n’a fait que confirmer ma pensée. De ligne éditoriale, il n’y a point ! Seule prime l’impression du patron. Il aime ou il n’aime pas. S’il aime, il soumet au comité de lecture pour avis, et au final il tranche. In fine, ce n’est pas parce qu’une maison se réclame de polars qu’il éditera votre roman policier alors qu’une maison plus éclectique vous ouvrira peut-être ses portes. Mais il m’a dit aussi, ce qui n’étonnera personne, qu’il croule sous les manuscrits. Sérieusement, il essaie de les lire tous. Ceux qui lui tombent des mains au bout de quelques pages n’iront pas loin. Ceux qu’il lit avec plaisir jusqu’au bout méritent d’être retenus. Il prend alors contact avec l’auteur et cette entrevue lui permettra de savoir s’ils peuvent travailler ensemble, car selon mon interlocuteur, auteur et éditeur doivent avoir le même ressenti et être fusionnels. Aussi, il conseille aux auteurs d’envoyer au préalable de leur manuscrit, une lettre de motivation avec le pitch de l’ouvrage et la description de leur démarche d’auteur. Il dit sentir dans cette lettre si une relation avec l’auteur est plausible, et alors, seulement, il commandera le manuscrit. Aux Editions du Volcan, comme partout ailleurs, le délai de réponse est au minimum de 4 mois.

Je ne crois pas tellement à la lettre de motivation. Sans doute cela peut-il fonctionner dans de petites cellules, mais dans les grandes maisons d’édition qui reçoivent plusieurs milliers de manuscrits par an, ce sont les premières pages de lecture qui conditionnent l’avenir du livre. La relation fusionnelle n’arrive qu’in fine, une fois que l’œuvre a été choisie. De plus, j’ai idée qu’un écrivain laisse toujours un peu de lui dans ses écrits et un éditeur tout avisé qu’il est, doit être en mesure de percevoir entre les lignes la personnalité de l’auteur.

Donnons crédit à mon voisin du jour, mais le blabla fait aussi partie de la culture éditoriale. Soyons lucide le livre reste un produit qui ne vaut, dans la chaîne commerciale, que le prix de l’objet. Un éditeur lit et choisit en fonction de l’image qu’il pense que le grand public en aura. Sauf à détenir le moyen d’une jouissance personnelle qui ne peut être qu’exceptionnelle, un éditeur ne pense, comme tout responsable d’entreprise, qu’à son chiffre d’affaires. Et la lubie ne s’arrête point là, car les libraires abreuvés de centaines d’offres quotidiennes ne disposent sur leur linéaire que ce qu’ils sont sûrs d’écouler en volume et sans délai.

Pour obtenir cette assurance de distribution, il faut du marketing et ça, ça coûte. Si l’éditeur, sûr de son choix, mise sur vous, c’est le Graal. La chance est là et ça peut fonctionner, car aucun éditeur censé n’acceptera de miser à perte. Mais attention, le marketing littéraire n’est pas une « newsletter » expédiée dans un réseau de libraires ou quelques journalistes littéraires qui en reçoivent des dizaines chaque jour. Le marketing littéraire, c’est le matraquage tous médias confondus, c’est l’accompagnement de chaque instant qui suit la sortie du livre, de l’affichage, des interviews, des flyers, des dédicaces annoncées à grand coup de pub. C’est un budget de quelques centaines de milliers d’euros, mais l’éditeur s’y retrouve si le livre vendu une vingtaine d’euros atteint 100 000 ventes. Pour information, les 10 meilleures ventes oscillent chaque année entre 500 000 et 1 Million. CQFD. Il s’agit bien d’un business fortement lucratif, mais que sont 10 auteurs, même 100 dans la foule des milliers d’auteurs qui rêvent de ce succès.

Alors, que peut espérer un bambin auteur comme moi ?

J’ai déjà expliqué dans un précédent article la notion des 3 cercles. Le premier cercle, celui des amis et familles est rapidement atteint et conquis. Le deuxième cercle, si le livre plaît est amorcé par une lecture en seconde main relevant plus du prêt que d’un nouvel achat. Le 3e cercle, celui du grand public est un doux rêve qui n’est atteignable que si l’auteur accepte de miser un peu de fortune. Les offres alléchantes sont à portée de stylo. Facebook est un bon relais, les forums à thème également, les clubs de lecteurs, etc.. Mais tout cela demande beaucoup de temps et rares sont les écrivains qui s’y complaisent. Un auteur aime se retrouver devant son clavier pour écrire, créer, animer des personnages et des histoires. Faire du buzz pour animer les robots GOOGLE est rarement un kif. Pour cela il a besoin d’être aidé, et si certains s’ennuient sachez qu’il y a de la demande et probablement un peu d’argent à se faire.

Bref ma moisson d’hier se contenta donc du premier cercle. Le chaland passe devant les stands et ne s’arrête que s’il est attiré par une image, un nom, un truc dont il a déjà entendu parler. Ces séances de dédicace continueront donc de m’ennuyer encore longtemps, mais ne pas les faire serait enterrer l’œuvre. Alors c’est parti pour la prochaine à Pierrefort dans le Cantal le 21 octobre prochain.

 

A propos d’édition…

L’édition est avant tout un business.

L’auteur a sans doute tort de croire à un lien affectif qui pourrait se tisser entre son éditeur et lui. Ce lien pourra devenir, mais il n’est pas d’instinct.

L’écriture pourrait s’associer à une thérapie de bien être, tant l’auteur prend du plaisir à écrire, créer, modeler ses personnages et son oeuvre. Parce que l’acte d’écrire lui a prodigué du bonheur, il a beaucoup de difficulté à admettre que ce bonheur ne soit pas immédiatement partagé par l’éditeur qui lira son manuscrit.

On connait l’histoire de ce jeune écrivain ou cette jeune écrivaine, qui découvert(e) par telle maison d’édition devint en quelques mois en tête des ventes et même prisé(e) d’un Goncourt ou Renaudot. Alors on se dit pourquoi pas moi ! C’est sans compter sur les milliers d’auteur(e)s qui chaque jour expédient leur manuscrit tout auréolé du désir de séduire. La probabilité de gagner est plus forte à la loterie ! On dit que Gallimard reçoit 1 manuscrit par minute. Chaque année, la MATMUT organise un prix du meilleur auteur en partenariat avec les éditions DENOEL. Cette année, ils ont reçu près de 2000 manuscrits.

Certes les gagnants ont un talent, un thème une histoire qui ont convaincu, mais surtout la chance a fait que leur livre est arrivé au bon moment au bon endroit.

Or le bon moment et le bon endroit est soumis à des éléments liés en particulier au marché. En effet, dès lors que le livre frappe aux portes des éditeurs, il devient produit et est donc soumis aux règles de la rentabilité. Lancer un produit, que ce soit un livre, un parfum ou un habit demande de l’investissement, en marketing et publicité. Le retour sur investissement doit être rapide et juteux. Sur les premiers ouvrages, les droits d’auteurs représentent quelques miettes, mais l’auteur est tellement heureux d’être choisi, qu’il s’en moque. Mais si cette première édition est un succès, le prochain ouvrage profitera d’un meilleur contrat et peut-être même d’une avance sur recettes.

Le marché satisfait aussi à des modes. Les plus anciens se souviennent des auteurs à succès de certaines décennies complètement oubliés de nos jours. La mode du moment est celle de l’émotion, du larmoiement, de la compassion. On aime les vies miséreuses qui s’en sortent, même si l’histoire est niaise à souhait. On aime aussi, le bien être, la philosophie de comptoir et quelques bons mots alignés qui semblent délivrer le message de notre vie. On aime les conseils de gourous éclairés au verbe agréable et populaire qui laissent entendre qu’un monde meilleur est à notre portée. C’est de la littérature aussi, il ne faut pas le nier !

On pourrait penser qu’il n’y a qu’à rentrer dans le moule pour être publié, mais ce n’est pas si simple !

D’abord, même si l’échantillon d’auteur(e)s se resserre, il en reste encore des milliers et c’est sans compter sans les fils et filles de, et/ou celles et ceux qui disposent d’un visage ou d’un nom publié sur un autre média et qui garantit des ventes à l’éditeur avant même que le contenu soit connu.  Pour ces derniers, le marketing sera allégé, car porté par leur propre médiatisation, et le retour sur  investissement d’autant plus prompt. Le risque financier est donc moins important, même si nul ne se vante des bides qu’ont fait certaines parutions d’homme ou femme  politique, voire d’artiste.

A suivre …