Emménagement

Une fois les formalités remplies chez le notaire, celui-ci me confie une petite clef laissée par l’ancienne propriétaire à mon intention.

Nous sommes en confiance et il s’est avéré inutile d’effectuer une ultime visite des lieux avant signature.

Nous voici chez nous dans une maison vide et froide. Nos meubles n’arriveront que dans 3 jours. Mais il y a tant à faire : Balayer dépoussiérer, nettoyer vérifier les emplacements futurs des meubles et la répartition des cartons à venir sur les différents niveaux.

Le matin convenu vers 8h00, le camion arrive. Ils sont 4 et nous deux. Il fait beau, la chance ! Mais la tempête est quand même dans la maison. « Madame, Monsieur, je vous mets ça où ? » Nous avions bien pensé à étiqueter chaque carton en fonction de son niveau mais les meubles quant à eux doivent être posés aux bons emplacements. Tout va si vite surtout que l’on n’est pas toujours très fixé sur la place de tel ou tel fauteuil ou tel ou tel console, mais pas grave , l’essentiel est de positionner ce qui est lourd.

A midi trente, ils sont partis. Les deux camions vidés, les meubles montés et les cartons empilés à leur bon niveau. Sans casse, dans la bonne humeur, la courtoisie et l’humour. Chapeau les gars ! 20/20 aux déménageurs Michel Visy.

La journée n’est pas fini. Il nous faut encore déballer les cartons en fonction de notre urgence. Tout a été listé, et le tri est aisé. En 48h le RDC et l’étage sont rangés. Pour le sous-sol on a le temps.

Même si la maison est très confortable, il nous faut encore compléter certains équipements et surtout continuer à récurer murs et plafonds qui se sont noircis avec le temps. Un œil nouveau peut le constater alors que l’habitant ne mesure pas toujours le passage du temps.

Il nous reste une vie, probablement une fin de vie car nous comptons bien ne plus bouger de ce nouveau paradis, pour parfaire ce chez nous à nous. Nous allons raviver certains lieux, changer des couleurs par ci par là et nous équiper au mieux.

Nous allons construire ce bonheur à deux en espérant que de longues années nous attendant pour en profiter et en faire profiter tous ceux et celles qui nous rendront visite.

A très bientôt dans le Cantal

Déménagement

Un temps de silence. Quelques jours d’absence où l’écriture se fait attendre et où le temps s’écoule avec tumulte, sans trêve, où même le repos ne repose plus, tant il y a à penser, à faire et même à défaire.

Un déménagement ferme une vie en ouvre une autre.

Il faut décider, classer, jeter, archiver, emballer, empaqueter, encartonner. On se croirait dans un dictionnaire de synonymes alors que chaque geste a sa particularité, sa façon de hiérarchiser l’information.
Dans les cartons, les sacs et valises, chaque objet a sa place, bien répertorié afin qu’à destination chaque objet ait sa place.
Des semaines et des mois à tout préparer pour que le jour J ou plutôt le D day comme déménagement, il n’y ait plus qu’à charger. Mais c’est quand on pense que tout est fin prêt, qu’on s’aperçoit qu’il y a encore tant à faire.

Un déménagement ferme une vie. En tirant la porte et en tournant la clef dans la serrure avant de la remettre à ceux qui viendront, à leur tour, poursuivre ma vie ou vivre la leur, je clos définitivement l’écriture des chapitres liés à ce lieu.
Peu importe qu’on ait aimé, ri, pleuré, crié de joie ou souffert, la page est tournée. On n’y reviendra plus ou alors visiteur d’un lieu qui aura su effacer toute trace du passé.
En choisissant de garder ce qui me suivrait, il m’a fallu m’affranchir de ce que je devais abandonner et me guérir ainsi du syndrome de Diogène. Il y a ce qui ne m’a pas servi depuis 20 ans mais dont je risque d’avoir besoin dans ma nouvelle vie, mais il y a aussi, ce dont je me suis tant servi, que je n’en aurai certainement plus jamais l’utilité. Il y a ce qui m’appartient, et ce qui appartient à mes chers disparus. Est-ce le moment de m’en séparer ? J’hésite. Je déplace d’une pile sur une autre. Je jette ce qui n’a plus aucun intérêt, des décomptes de soins ou des fiches de paie. De quoi pourrais-je bien avoir besoin, maintenant qu’ils sont morts ? En fait je ne jette pas, je brûle car on ne sait jamais. Et vraiment l’expression prend ici tout son sens, car nul ne sait ce qu’il pourrait faire de tant de papiers liés à une personne décédée. J’en conserve suffisamment pour ne pas oublier, pour que ceux qui me survivront n’oublient pas non plus. Je trouve des médailles militaires sans intérêt pour moi qui n’ait jamais combattu ni porté arme, mais qui semble porter sens dans la famille. Les médailles, une façon de faire mémoire, de ne pas oublier !

Petit à petit, je soigne ma syllogomanie. Je me débarrasse, donne ou vend le superflu. Mais le strict nécessaire à mes yeux, remplit deux camions et 75 m3.  J’ai honte ! Je me cherche tout plein d’excuses, justifiant cet amas de biens comme n’étant pas miens mais ceux de ma famille, de mon clan. Je refuse de regarder ceux qui n’ont rien qui se déplacent d’un porche à l’autre avec quelques cabas entassés sur un chariot de super marché.

Et puis, l’équipe de déménageurs arrive, organisée, méticuleuse me happant de pièce en pièce forçant une ultime décision de ce qui part de ce qui reste. Il faut être partout à la fois, s’essoufflant pour ne rien oublier pour terminer épuisé, assis sur les marches, SDF quelques heures, nomade, démuni de tout mais avec la certitude que tout cela est éphémère, tout en sachant que d’autres moins chanceux ont connu une situation semblable mais définitive.

Alors, il faut bien se dire adieu. Regarder ces murs qui m’ont abrité, prémuni de tout envahisseur moral et physique, qui m’ont protégé y compris de moi-même. J’ai bien senti ces derniers temps que la maison se rebellait en refusant d’être quittée. Peur d’être abandonnée sans doute ! Quelques sinistres de fin de vie, histoire de montrer qu’elle en avait encore, la bicoque ! Et puis les nouveaux l’ont tâtée sous tous les angles, et cela semble l’avoir rassurée. Elle s’est calmée et s’est faite à ce changement de locataire. Je dis locataire, car le vrai propriétaire c’est elle.

Un dernier ménage, un dernier tour, un œil sur le jardin, quelques photos pour le souvenir. Ah, la garce m’a fait un dernier pet sur le carrelage de la cuisine. M’en fout ! Je fais  semblant de ne rien voir, elle aurait été trop contente ! Adieu, ma chérie ! On se reverra peut-être, ou pas. Sois heureuse avec ceux qui dès demain tourneront la clef de leur nouveau chez eux. Accueille-les comme si c’était nous qui revenions.

Je démarre la voiture et m’en vais sans un regard dans le rétroviseur.

 

 

3 jours en Bretagne

 

Week-End Théâtre :

Du  6 au 8 avril 2018, Marien Legrand et Naïg Moullec (Compagnie Show Devant) ont interprété  ma pièce « Désolé ! » devant près de 400 personnes au total au profit de l’association Lansenn (Vivre avec l’autisme).

Cette pièce est une comédie qui touche les âmes.

Une femme désire organiser les obsèques de son défunt mari et s’adresse à l’agence de pompes funèbres « FUN comme Funéraire ».

Elle est reçue par un jeune homme passionné par son travail qui va l’aider à préparer la cérémonie.

Elle pensait que l’affaire serait vite expédiée, mais les exigences et les précisions fournies par le jeune homme vont entraîner le public dans une ambiance surréaliste où l’on rit beaucoup.

C’est de l’humour noir, mais la pièce ne tombe jamais dans le burlesque ou le vulgaire. C’est d’ailleurs ce qui enchante les spectateurs. Ils se surprennent à rire d’un sujet qui ne s’y prête pas. Si le trait est parfois forcé, rien de ce qui concerne le funéraire n’est inventé, même si certains découvrent parfois des options qu’ils n’avaient pas imaginées.

Après avoir joué cette pièce avec 3 comédiennes différentes, Show Devant a enfin trouvé en la personne de Naïg Moullec une actrice de grand talent, magistrale dans ce rôle de veuve peu éplorée. Marien et Naïg  sont exceptionnels ce qui ne fait qu’amplifier l’aura de ce texte excessivement précis dans la joute des mots qu’il envoie.

Toutefois, les 3 représentations ont eu un rendu inégal et voici mon analyse.

Analyse :

Ce type de comédie fonctionne mieux avec un grand public, qu’un public confidentiel. Plus le public est nombreux et plus il rit ouvertement. J’en déduis donc, que compte tenu du sujet, le nombre libère et décomplexe. Comme quoi la mort reste encore un sujet qui ne met pas à l’aise. Pourtant une chose est sûre, nous allons tous mourir un jour, et même si le plus tard est le mieux, pourquoi ne pas affronter la mort par le rire qui demeure  un excellent moyen de vaincre notre souffrance morale.

Les comédiens sont plus à l’aise sur une scène qu’au même niveau que le public. La scène protège l’acteur. Il circonscrit son domaine et se sent ainsi protégé. Car même bourré de talent, le trac est là et se sentir à portée de main du premier rang déstabilise. Sacha Guitry répondit à un jeune acteur qui se vantait de ne pas avoir de trac en montant sur scène : »Ne vous inquiétez pas, cela viendra avec le talent ». Ajoutons que, jouer à niveau égal limite forcément la vision des spectateurs qui dès le 3e rang, n’ont plus de visibilité sur le jeu des acteurs dès lors que ces derniers jouent assis.

Les adolescents se déplacent peu au théâtre. Quel dommage ! La preuve donc que nos jeunes sont tellement impliqués par l’audio visuel (cinéma, ordinateur, téléphone, jeu vidéo …) qu’ils en négligent la proximité avec les acteurs qui s’expriment sans écran interposé. Certains lycées ou collèges réagissent en donnant résidence au théâtre, et en encourageant cette option au bac. Je suis de ceux qui pensent que le théâtre devrait être une matière obligatoire de l’enseignement. Le théâtre instruit l’art de communiquer, de placer sa voix, de stabiliser son corps et de contrôler sa gestuelle. Le théâtre donne l’assurance qui manque à certains jeunes qui ne savent comment transmettre leurs goûts et aspirations. Il forge la personnalité et assoit l’Homme dans notre société.

Bilan :

Je suis vraiment très heureux tant comme auteur que comme metteur en scène d’avoir réussi à construire ce duo et souhaite longue vie à « Désolé ! »

Nous sommes déjà  requis pour le festival d’été à LA TURBALLE où nous rejouerons le 15 août.