Lettre ouverte à M. le Ministre de la Santé

Monsieur le Ministre,

La démonstration orale que vous nous avez  offerte ce mercredi était particulièrement lumineuse pour expliquer au Grand Public cette nouvelle poussée pandémique de la COVID 19.

Toutefois, les chiffres que vous affichez, malgré tout l’attrait que vous leur confiez n’ont aucun intérêt en soit et ne sont qu’une manière de communiquer, qui, malheureusement font la joie des médias, et d’un public privé de capacité d’analyse, consommateur d’informations chocs puisées dans les réseaux sociaux et les notifications de leur smartphone aussi brèves qu’imprécises.

Les mathématiciens vous le confirmeront un nombre n’a aucun sens intrinsèquement. Il ne sert qu’à évaluer une grandeur par rapport à une autre dans un monde chiffrée où tout repose sur des conventions. Tout dépend ce que l’on veut regarder et l’endroit d’où l’on regarde : 1 Kg de plomb pèse-t-il plus lourd qu’1 Kg  de plumes ? Si le poids est identique, le volume ne l’est pas et chacun appréciera selon sa quête.

Ceci pour vous dire, et il me semble que ce fut l’objet de votre démonstration que le nombre d’entrées dans les hôpitaux, en réanimations, les sorties guéries ou la létalité, n’a pas de sens en soit. Les seuils d’alarme, sont des limites que l’on se fixe avec un curseur qui pourrait bien être positionné n’importe où. Ce qui compte ce sont les comparaisons, les taux de croissance, et/ou d’accélération de tel ou tel processus et là aussi l’échelle a son importance. Or les pourcentages que vous proposez ne concernent que l’évolution de la COVID et le facteur multiplicatif que vous affichez est intéressant, pour frapper notre conscience, mais ne pourrait présenter un intérêt scientifique que si on le compare à d’autres événement similaires placés dans un contexte identique dans le domaine de la Santé ou ailleurs en tenant compte des contraintes d’espace et de temps.

Par exemple, lors de la poussée de la grippe, de la gastro entérite, ou de la bronchiolite infantile, quels sont les taux endémiques calculés sur la même base.

Certes chaque décès ou maladie est un drame pour ceux qui le vivent ou les proches, mais dramatiser cela pour justifier des contraintes sanitaires est indigne ! Je voudrais rappeler que la statistique des décès  annonçait pour l’année 2020, une probabilité voisinant les 800 OOO décès pour l’année (effet du baby boom d’après guerre et de la pyramide des âges)  soit plus de 2000 décès par jour sur le territoire. La moyenne des décès COVID est de 200 morts/jour. Apprenons à relativiser !

Parlons des mesures imposées en fonction des zones et du fameux taux critique de 30 %. Ce taux est aussi intéressant à regarder avec recul car il représente le rapport possibilités sanitaires contre nombre de cas. Ainsi un département fortement contaminé mais pourvu en accueils hospitaliers ne sera pas contraint à fermer ses bars et restaurants et autre lieux, alors qu’à l’inverse un département faiblement pourvu en structures hospitalières mais frappé par un soudain cluser très localisé, va devoir fermer tous les bars et restaurants et autres salles de sports.

C’est assez surprenant comme analyse à un tel niveau de l’Etat. Avec quelques mois de retard, le Sénat auditionne en ce moment, les décideurs du début de crise et vous-mêmes, pointant du doigt les atermoiements du début d’année qui prêtent à sourire tant ils furent absurdes avec le recul du temps. Il semblerait que le gouvernement n’ait pas retenu la leçon et que l’Histoire persiste à bégayer.

Les Français ne comprennent pas, malgré l’effort que vous mettez dans votre pédagogie, pourquoi l’on fermerait des lieux qui ont beaucoup investi pour maintenir les distanciations et les gestes barrières et pourquoi d’autres qui auraient mis en place un protocole strict resteraient ouverts. Qu’est-ce qu’un restaurant ou un hôtel pourrait faire de plus strict que ce qu’il fait déjà. Ok, les cinémas ont organisé la salle pour que les spectateurs soient subtilement à distance, mais à la fin du film, tout le monde sort  en même temps ! Quelle différence avec une table de restaurant ?

Vous n’avez pas parlé des transports ! Dans ces grandes agglomérations pointées comme en urgence sanitaire, le public n’est-il pas plus au contact, dans les bus et dans le métro qu’au bar ou dans n’importe quel commerce ?  Ce n’est pas logique, et c’est en quoi, la Nation s’insurge. Pendant que le Président de la République se positionne contre tout séparatisme, le Premier Ministre et son Ministre de la Santé découpe la France en territoires libres et territoires occupés. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?  Le Français place sa liberté très haut dans sa hiérarchie des Valeurs ; attendez-vous à ce qu’ils résistent …

Je ne voudrais pas que mes propos soient frappés d’incivisme ou d’incitation à la Révolution, tant je m’oppose à ceux de Nicolas Bedos qui propose d’accepter de mourir sur les barricades du virus au nom de la vie. Ces Intellectuels qui par l’aura qu’ils se donnent se permettent d’exhorter les foules changeront de discours lorsque la faux les touchera. Quand ils se relèveront d’un coma, amaigris et privés de toute force physique, brisés, aux mains d’une longue rééducation fonctionnelle, aucun journaliste ne viendra les féliciter devant des caméras pour leur héroïsme, car l’artiste n’acceptera pas qu’on le voit dans un tel état. Quand ils iront aux obsèques de leurs enfants ou de leurs conjoints balayés par la maladie, parleront-ils encore de vie et de liberté ?

Ce gouvernement a de grandes responsabilités et malgré mes mots, j’ai un grand respect pour votre fonction et votre rôle si déterminant dans l’avenir de notre pays. J’ai toutefois le sentiment partagé par des personnes bien plus éminentes que moi, que les conseilleurs ne seront pas les payeurs.

Il me reste à vous souhaiter et à nous souhaiter BONNE CHANCE

Mathieu Legrand

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