A propos d’Eglise et d’églises

Je lis dans la presse que les évêques de France se rebellent, car l’ouverture des cultes n’est pas à l’ordre du jour du prochain déconfinement.

L’Eglise de France s’insurge contre cette entrave à pratiquer sa religion insistant sur le besoin vital pour les catholiques de se retrouver en communauté, de prier ensemble dans leurs églises et de célébrer l’eucharistie.

Les pratiquants relaient leurs besoins de vivre leur foi tous ensemble sur les réseaux sociaux.

Or, c’est bien ce principe de nombre en un lieu fermé qui empêche l’accès aux églises comme dans autant de « temples » voués à l’art  ou à la fête.

Ce matin même, on annonce 9 contaminations parmi une foule rassemblée pour des obsèques en Dordogne, alors même que tout rassemblement fut proscrit.

Je crains, et peut-être les gouvernants aussi, qu’un excès de foi puisse amener à se croire invincible, protégé par Dieu, et que dans l’euphorie déiste, on en oublie les gestes barrières.

En effet, pour pouvoir célébrer,  on peut imaginer la distanciation sociale mais il faut y associer le nettoyage des bancs, chaises et accoudoirs, après chaque office. Qui va s’en charger ? Quelques bénévoles, toujours les mêmes, qui s’en lasseront peut-être avant que le virus se soit lassé de nous ! Il faut supprimer les livrets de chants, et comment chanter à la Gloire de Dieu sans textes. Faut-il laisser les églises ouvertes et se priver d’un contrôle de l’hygiène, ou ne les ouvrir que pour une cérémonie, puis la refermer  pour tout nettoyer.

Quoi qu’il en soit, la vie en Eglise n’est pas prête de reprendre comme avant. Les chaînes d’union, et les baisers de paix ne sont plus possibles. La distribution de la communion aussi : une seule main, même gantée, ne peut être en contact avec plusieurs mains et encore moins plusieurs bouches. Il va donc falloir réinventer les gestes rituels, et le dogme religieux n’est pas simple à bouleverser. Pourtant il est urgent de se pencher sur la question, avec ou sans l’aval de la Curie Romaine.

A mon sens, on ne pourra pas ré-ouvrir les églises sans avoir repenser le rite au préalable.

Mais l’Eglise de France s’inquiète, à juste raison, pour sa survie économique. La suspension des divers actes sacramentels bloque d’autant les revenus qui y sont liés. Plus de mariages, de baptêmes, de célébrations en grand nombre, et c’est autant de ressources qui font défaut. L’Eglise n’aime pas parler d’argent, et préfère parler de charité, mais son fonctionnement a un coût comme pour toute société ou entreprise. Il faut payer les prêtres et les laïcs, il faut entretenir les locaux et sans les quêtes régulières permettent de boucler le budget ? Une ouverture même réduite et encadrée, nourrit l’espoir, bien que l’inquiétude est grande de voir les églises se vider davantage. Sans compter que les anciens réputés cotiser davantage que les plus jeunes, risquent de rester confinés plus longtemps alors même qu’ils sont les plus nombreux parmi les pratiquants.

La Foi ne dispense pas d’un pragmatisme absolument nécessaire face à la situation qui nous préoccupe.

Je suis étonné, alors que nombreux sont invités à réfléchir au monde de demain, de voir que les évêques implorent le gouvernement pour qu’il leur redonne leur droit à célébrer, et que les catholiques ne soient pas invités à ce même processus de réflexion. Toutefois, j’ai vécu tant de synodes, jubilés, ou autres JMJ sans qu’aucune conséquence n’en soit tirée pour y croire vraiment. Mais on ne sait jamais ; acculée, l’Eglise peut surseoir à certains de ses préjugés et trouver la meilleure des issues avec ou sans l’aide de Dieu.

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