Il y a un truc …..

Il y a un truc qui finit par me déranger au plus profond de moi-même et peut-être même à m’inquiéter.

Chaque jour qui passe, chaque interview proposée par les média renvoient à une possibilité de don.

On est habitué à ces appels de dons, à la générosité envers notre prochain, mais, présentement l’accumulation me laisse penser que notre pays n’est administré que par des associations caritatives et que l’Etat est désengagé de tout :

  • On ne compte plus ce qui touche à la Santé, de l’aide ou le soutien aux soignants, à la recherche médicale, en passant par les sites personnels des professionnels de santé.
  • Les artistes ou les sportifs de haut niveau, qui ont besoin de montrer qu’ils existent, rivalisent d’idées pour se montrer sur les écrans et « inviter à donner » est aussi une belle manière de dorer son image tout en s’appuyant sur un pseudo désintéressement personnel.
  • Les organisations caritatives sont au bout de leur trésorerie, et c’est évidemment dramatique pour les plus miséreux, les sans logis et les sans moyens pour manger.

Si l’on s’élève davantage, les entreprises sont dans le rouge et appellent à l’entraide, au bénévolat. Quant à nos industriels, ils appellent aux faveurs de l’Etat pour sauver des millions d’emplois.

Cette situation n’est pas surprenante en soit, mais ce qui m’inquiète, c’est où suis-je ?

Naïvement sans doute, je pensais que mes impôts servaient à faire fonctionner le pays, et voilà que je découvre que pour que le pays fonctionne, il me faudrait donner bien davantage que ce que je donne au fisc.

Mais au-delà de cette réflexion purement  économique concentrée sur ma propre personne, j’en viens à m’interroger sur la gestion de la France. Que sommes-nous devenus si nous ne sommes plus capable de fournir à nos compatriotes de quoi, manger, s’abriter, travailler ? Sommes-nous devenus un pays de nécessiteux de tout ? N’étions pas un fleuron de l’industrie textile avec le groupe BOUSSAC qui me revient à l’esprit ? Et voilà qu’on appelle à l’ouvrage les petites mains bénévoles des 4 coins de France pour faire tourner à plein régime leur machine à coudre à la confection des masques. Merci à toutes ces personnes généreuse, mais franchement, va-t-on demander à de géniaux bricoleurs de construire des voitures ou des avions ? Ne rigolez pas, les ami(e)s, nous n’en sommes plus très loin avec ces strart-up qui mettent à disposition leurs imprimantes 3D pour construire des appareils de réanimation !

Je rechigne à jeter la pierre au gouvernement de M. Macron, car une telle crise est très difficile pour ne pas dire impossible à coordonner. Mais la difficulté n’exonère en rien de la responsabilité, et  ceux qui ont les commandes de l’Etat doivent assumer et trouver les solutions à chaque problème. Mon analyse est que la situation actuelle était prévisible, tant le capitalisme peut-être, l’incompétence sans aucun doute, l’irresponsabilité assurément ne pouvait amener qu’au factuel que nous subissons. Et je ne parle pas des derniers mois ou de la gouvernance en place depuis 3 ans. Je veux parler d’un système installé depuis des décennies, qui a gangréné notre société pour l’amener à ce qu’elle est malheureusement devenue.

Je ne me lancerai pas ici dans un discours politique de faiseur de monde, il suffit d’allumer son poste de télévision pour entendre les chantres de tout bord donner leur (pas si humble que ça) avis.

Mais plus philosophiquement, que penser d’une société qui majoritairement vivrait d’aides, de subventions, de soutien ponctuel, de coups de mains et que sais-je encore ? N’est-ce pas l’expression d’un mal-être, que l’on croyait être l’apanage des plus pauvres mis en image par l’action des gilets jaunes, mais qui est devenu celui d’un Etat !

Et quel Etat, un élément du groupe des 8 nations les plus industrialisées du monde (G8) !

Qu’est devenue cette richesse industrielle ?  La France a-t-elle encore sa place dans un tel groupe au vu de ce que j’indiquais plus haut. Encore une fois, d’être dans les meilleurs importe moins que de constater que la place que l’on méritait autrefois devient usurpée aujourd’hui !

Sur un plan plus métaphysique, est-ce à chacun de donner son temps et son argent pour soutenir les milliers de causes qui appellent à la générosité ou à un Etat de relever la tête et ses manches pour mettre en ordre de marche un pays hors du besoin. Mon idée profonde est qu’il faut mettre en place un fonctionnement nouveau pour éviter que des plaies saignent et non soutenir ceux qui pansent les plaies.

Malheureusement, les dirigeants pensent généralement à supprimer les soignants avant de contraindre la maladie.  On ne sait pas balayer un système qui ne fonctionne pas ou plus. On ne sait qu’appliquer quelques pis allés avec une prime ou un emprunt à bas taux. Parfois ou coupe une tête ici ou là. Mais rien ne change profondément, parce que tout changement engendre pour le peuple la colère et le chaos. Français, Françaises, nous sommes responsables de ce qui nous arrive, par notre égoïsme et notre égo. Ne croyons pas qu’en applaudissant chaque soir sur notre balcon, nous allons rattraper des années d’égocentrisme où le moindre changement dans notre rythme de travail ou nos habitudes quotidiennes devenait source d’une révolution portée par le nombre qui ne se révélait qu’être l’addition d’un groupe addict de ses propres intérêts individuels.

Le consensus face au virus Corona, commence à se lézarder, et  certains préparent déjà les banderoles et les slogans accusateurs des futures manifestations qui martèleront  les pavés dès la fin du confinement. On est comme ça en France, nous avons bon cœur, mais nous râlons tout le temps. Nous savons être généreux mais l’intérêt commun a beaucoup moins d’attrait à nos yeux que notre intérêt personnel, et nous savons le faire savoir, dès qu’il se pourrait qu’on atteinte à nos libertés …

Depuis des décennies, nous votons pour le changement sans jamais y adhérer,  et puisque plus personne ne se déplace pour aller voter peut-être bien que le moment est venu de changer le monde et donc de commencer par se changer les idées et accepter de vivre autrement. Nous sommes tous plein d’idées pour cela, j’en suis convaincu. Mais la vraie question est de savoir quantifier ce que nous sommes prêts à perdre aujourd’hui chacun pour soi, pour que le meilleur soit, demain pour les survivants, et après-demain pour ceux qui nous succèderont.

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