La guerre est déclarée

Depuis qu’on en rêvait, de pouvoir se battre, de taper sur tout ce qui bouge, de pouvoir se révolter à satiété contre le monde entier, voici enfin une guerre mondiale qui démarre, et là au pied de chez nous, sans avoir besoin d’enfiler un uniforme, on a tant horreur des ordres et des règles, sans être à la merci de petits chefaillons.

Magnifique, on va pouvoir risquer sa vie de sa propre initiative, casser les magasins pour manger et non pour le seul plaisir de casser et dont finalement on finissait par se lasser. Les gouvernants vont tomber tout seul, bien fait pour eux. Les riches vont tous creuver et on les enterrera avec leurs richesses, et nous serons les premiers à cracher sur les tombes de ces nantis qui vont pour une fois goûter à la poussière qu’ils méritent.

Je pourrais m’arrêter là et laisser croire au lecteur que cette soif est la mienne alors que c’est au comble de l’agacement que j’expose cette théorie qui vous l’aurez compris menace les esprits petits, égoïstes si peu instruits qu’ils en perdent toute raison.

Philosophiquement, je me faisais la réflexion suivante inspirée de mes lectures du moment. Chaque être vivant est née de l’accouchement d’une mère et finit poussière ou cendre. Entre ces deux évènements majeurs, absolument identiques pour tous, on peut croire que la vie forge l’Homme, alors qu’au contraire c’est à l’Homme de forger sa vie et ce qu’il est.

Certains diront qu’il est plus facile de réussir sa vie si on nait dans un milieu porteur et aisé et que la misère ne favorise pas l’épanouissement intellectuel et matériel. Pragmatiquement certainement, mais philosophiquement, l’Histoire atteste que les plus grandes réussites humaines sont plus l’oeuvre d’un acharnement personnel chez ceux qui partis de rien se hissent à force de travail et de persévérance, que le résultat d’un meilleur tirage à la naissance. Encore faudrait-il philosopher longuement sur chacun des mots que je viens d’employer : que veulent vraiment dire « porteur », « aisé », « partis de rien », « meilleur » … ?

Une évidence m’est également apparue, c’est que la véritable liberté de l’Homme ne peut être qu’en dehors de toute religion. Qu’elles soient monothéistes, sectaires, humanistes, socialistes, économiques, toutes ne font que contribuer à briser le possible de ce que l’Homme serait ou pourrait être. Bien sûr, à contrario, cela ne veut pas dire qu’au sein même de ces « religions » et des dogmes qu’elle érigent, il ne soit pas possible de s’épanouir et d’atteindre quelque firmament. Mais quel qu’il soit, la limite sera celle du dogme et de ses lois. Notre cerveau nous le savons n’utilise encore qu’une infime partie de sa puissance, et je pense, si la guerre du moment et celles à venir, nous permettent encore d’y travailler, l’Homme découvrira dans quelques décennies et/ou siècles des possibilités de s’affranchir du temps et de l’espace par la seule force de son esprit. Nous ne sommes qu’au début de l’étude de la physique quantique et de tout ce qu’elle ouvre comme pistes. Sera-ce mieux ou pire pour l’humain, je n’en sais guère, mais cela obligera l’Homme à raisonner hors de ses dimensions actuelles.

Mais revenons à la guerre du moment et à ce qui lie mes deux propos. Les violences que nous subissons depuis des mois au prétexte de se battre collectivement pour de meilleures conditions de vie individuelles, se trouvent d’un coup remisées à des images d’archives de petits bras agités bien démunis devant ce qui est une vraie guerre où l’ennemi invisible vient vous abattre au coeur de votre couche, ou vous voyez, impuissant, vos proches tomber sous le feu d’un virus indomptable. Qu’il était doux alors le temps où l’on pouvait insulter et tirer à feu nourri sur nos dirigeants cause de tous nos maux. Au moins l’ennemi était identifié et nos violences avaient du sens. Aujourd’hui, notre seule force de révolutionnaire consisterait à braver les interdits, les confinements et les couvre feux histoire de montrer qu’une fois encore nous sommes libres de contrer ces ordres qu’on nous impose. Mais voilà, cette violence qu’on a extériorisée pendant tant d’années dans des manifestations quotidiennes ou serrés les uns aux autres nous nous sommes sentis puissants dans la lutte contre l’oppression d’un pouvoir qui se croyait indestructible mais que nous pensions anéantir. Voilà que tout se désagrège autour de nous, et que nous n’y pouvons rien, et c’est cela qui nous fait enrager. Viendra le temps, où on critiquera les décideurs, ceux qui en ont trop fait comme ceux qui n’en ont pas assez fait. Mais en attendant il nous faut prendre les armes et partir au combat. Mais de quelles armes disposons-nous à part notre bon sens, à commencer par celui de notre responsabilité personnelle face aux autres qui doit en premier lieu s’affranchir de notre égoïsme ? Les guerres ont parfois du bon quand elles obligent à la solidarité et à l’entraide pour la survie.

A défaut de croire en l’autre, espérons en nous-mêmes en cet instant où chacun de nos gestes est susceptible malgré nous d’abattre notre prochain.

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *