L’Etat est assassin

Oui, l’Etat est assassin. Dit comme ça, cela peut paraître outrancier mais que dire de cette décision de retirer le permis de conduire à ceux qui ne laisseraient pas la priorité successivement à 2 piétons ?

Cette disposition se rapporte à l’article R 415-11 du code de la route qui stipule que tout conducteur est tenu de céder le passage, au besoin en s’arrêtant, au piéton s’engageant régulièrement dans la traversée d’une chaussée ou manifestant clairement l’intention de le faire ou circulant dans une aire piétonne ou une zone de rencontre.

Cet article régulièrement modifié a vu une dernière mesure (décret 2018-795) porter le retrait de permis à 6 points et l’amende à 135 € .

540 piétons tués en 2016, 484 en 2017 suffisent à justifier la sévérité de la sanction, et nous voyons bien que les incivilités au code de la route ne font que s’accentuer. Ce qui est nouveau, c’est que depuis le 18 septembre 2018, la verbalisation peut se faire par vidéo surveillance.

C’est à dire que deux refus de priorité à un piéton vous amènent le retrait de votre permis. Un conducteur urbain prend le risque de se voir notifier des milliers d’euro d’amende en quelques jours et plusieurs notifications de retrait de permis même si la première est suffisante.

Le facteur va distribuer, insouciant une sentence qui va bousiller la vie de plusieurs milliers de citoyens qui, au vu d’une caméra, ne pourront plus utiliser leur véhicule pour aller travailler  ou vaquer à leurs occupations quotidiennes, car, rappelons le (cf article www.blog-mathieu.fr du 4/11/2018), nombreux sont ceux et celles qui ne disposent d’aucun moyen de transport alternatif à la voiture pour se déplacer.

1ère sentence : l’amende. Elle est forte et pourrait l’être davantage, car rien ne justifie que l’on écrase un piéton ! Mais pourquoi ne pas sanctionner aussi le piéton, comme dans de nombreux autres pays, lorsque celui-ci est en infraction en forçant le passage devant un automobiliste ou en traversant n’importe où.

2e sentence : Retrait de 6 points de permis. Il était de 4 auparavant, et l’article d’origine prévoyait même le retrait du permis de conduire pour une période de 3ans.

3e sentence : Difficulté voire impossibilité pour la personne s’étant fait retirer son permis de conduire de se réassurer pendant une période de 3 à 5 ans selon les assureurs. Lorsque vous établissez un devis pour assurer votre véhicule, une des premières questions est : « avez-vous fait l’objet d’un retrait de permis ces 3 (ou 5) dernières années ? ». Dans l’affirmative, votre demande est rejetée. Rappelons qu’en cas de retrait de permis, tout assuré a l’obligation d’en informer son assureur. Et ne croyez pas échapper à la restriction d’assurance en mettant le véhicule à un autre nom.

4e sentence : Problématique économique et sociale. Risque de perte d’emploi avec les conséquences psychologiques sur la vie de couple ou la vie de famille.

Ca fait beaucoup non pas au regard d’une vie sauvée, mais au fait que dans une circulation de plus en plus anarchique dans les métropoles urbaines, où les piétons circulent n’importe où et n’importe comment parmi des véhicules qui essaient de s’extraire d’embouteillages sans fin, la vidéo verbalisation me paraît avoir des limites.

Entraîner des milliers d’individus chaque jour dans une détresse sociale est assassin, car probablement que, face à certaines impasses, certains finiront sans doute par se suicider.

Celui qui commet un délit a droit à une défense, un jugement et peut en faire appel.

Celui qui refuse la priorité à un piéton est privé de pouvoir conduire pendant une durée indéterminée (liée au délai pour repasser le permis) avec tous les dommages collatéraux qui s’y réfèrent sans pouvoir imaginer le moindre recours.

Alors oui, l’Etat est assassin et c’est le facteur qui transporte l’arme du crime.

Soyez vigilent, surveillez votre boîte aux lettres. Ne laissez pas les enfants s’en approcher. Votre boîte aux lettres est désormais un lieu excessivement dangereux.

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